La musique de Tracy De Sá se ballade entre Rap US, Reggaeton, RnB et musique latine. Quand on lui demande de définir son style, elle nous dit faire du « Hip-Hop créatif ». Son identité musicale s’est nourrie de toutes ses influences pour créer un univers qu’on retrouve dans chaque titre. La jeune artiste s’impose comme étant un membre important de la scène lyonnaise.

Tracy de Sá naît à Goa, un petit état indien au sud-ouest du pays. Avec sa mère et son frère, elle rejoint l’Europe pour s’installer tout d’abord au Portugal puis plus tard en Espagne où elle restera durant toute son enfance. Ado, Tracy cherche comme la plupart d’entre nous des référents culturels à qui s’identifier. Le problème est qu’elle trouve trop peu de femmes immigrées en qui elle pourrait se reconnaître dans les médias. Mais grâce à son frère, Tracy découvre le Hip-Hop. Elle fait alors la connaissance d’une musique aux revendications marquées, assumées et aux identités plurielles. Elle y trouve une place et commence alors la danse. C’est à travers elle que la future artiste peut enfin s’exprimer et se sentir faire partie d’un monde qui lui ressemble. À 18 ans Tracy rentre à l’université de Montpellier. Elle se fait des amis qui rap et s’essaye ainsi à l’écriture. C’est alors que la jeune femme découvre un nouveau mode d’expression qu’elle adopte très vite.

« Il y a des règles, une fois que tu les as apprises, tu peux t’amuser avec »

Pour comprendre un peu mieux d’où vient sa musique, on se devait de lui demander quelles étaient ses principales influences. Elle nous dit alors pouvoir « mélanger au sein d’une même playlist les Spice girls, Britney Spears, Missy Elliott et Lauryn Hill. Mais aussi du Reggaeton, de la Soul, du Tango, de la Bachata et du Flamenco ». Et c’est là toute la force d’un projet comme « Commotion », (qui peut se traduire par tumulte ou encore agitation en français). Il représente toutes ces identités, ce raffut interne de mondes et d’influences qui composent une personnalité artistique.

Le Rap est pour elle une façon d’apprendre à allier son amour du rythme aux idées qu’elle porte. Sa voix lui permet d’assumer un discours, de pouvoir exprimer les choses qui la touchent, qui l’énervent, qui l’ont faite rêver. Prendre la parole est une façon de s’ouvrir un peu plus, mais aussi de chercher des semblables. Sa musique est un agencement de patterns, de mouvements, une chorégraphie des mots. On ressent la danse dans sa manière de poser sa voix, de découper son flow si précisément. À force de travail, ce style bien à elle se perfectionne et se reconnaît.

“Je crois aux choses qui m’arrivent, je ne veux pas me fermer de portes”

L’album est composé de 15 titres dont 2 versions différentes de Rickshaw et Por Aqui. Les titres sont tous très différents mais l’album jamais disparate. La rappeuse réussie à être complètement libre artistiquement en gardant un fil conducteur : celui de la couleur, de l’espoir : “Je ne veux pas de son dark je veux des couleurs. » Les sujets abordés dans l’album peuvent être tristes voire noirs mais la forme, la manière de les dire est toujours lumineuse et permet le relativisme. Tracy De Sá se sent au carrefour de ces espaces musicaux qui l’ont nourrie. Elle a su mélanger les codes du hip-hop avec des percussions indiennes et des sonorités d’Amérique latine. Le reggaeton et son rythme est souvent là, en sous-texte, pour donner ce côté dansant à l’album. Les bras grands ouverts, elle chante une musique à l’énergie contagieuse qui ne peut pas, selon elle, « se déconnecter de la scène ». Les sujets abordés sont multiples, l’album fait office de présentation avec le public : « Chaque titre est une partie de moi. Je cherche à connecter avec le public », nous confie la rappeuse. « C’est l’envoi d’une invitation honnête, l’envie d’une rencontre avec le public. En somme faire vivre l’album hors du cadre personnel. ».

On ressent vraiment l’envie de créer un album authentique, sans calcul. Un projet qui n’oublie pas de nous faire danser certes, mais qui prend la parole et n’hésite pas à s’engager. Tracy De Sá, qui se définit comme une rappeuse Queer, ne subit pas son image, elle la cultive : « Ma façon de trouver ma place dans la lutte féministe est de faire de la musique. » Elle prête sa voix à un combat qu’elle mène depuis longtemps, celui de mettre en valeur les femmes, leurs parcours et de parler des portes qu’on leur ferme. Tracy veut prouver que ce n’est en aucun cas exceptionnel qu’une femme puisse faire du rap, en vivre et s’épanouir dans ce style. Elle prouve que l’on peut avoir des idées et les défendre sans faire forcément de la politique.

Le clip de Rickshaw est un résumé de ce qu’est Tracy De Sá. La notion de voyage est plus qu’évidente. Elle prend l’avion, le train, un Tuk-tuk et marche en direction de ses origines : l’Inde. Tracy mêle des danses traditionnelles, faisant partie de sa culture familiale, et le hip-hop, culture qu’elle a adopté.

« Commotion » est épique, hyper dansant. Ce projet ose tout et il a la l’intelligence de parler des choses qui fâchent sur le ton de l’espoir. Grâce à des artistes comme Tracy De Sá, le Rap continue de grandir et un jour on ne posera plus la question : « Alors ça fait quoi d’être une femme dans le milieu du Hip-Hop ? »

Retrouver Tracy de Sà sur Facebook, Instagram, Youtube, Spotify et sur son site.

© Crédits photos : Sandra Gomes – sa page Instagram