Deux EP, deux livres, des centaines de concerts, des tremplins et un prix littéraire se bousculent sur son CV. Ce poète protéiforme, slameur de formation, ouvre toutes les portes pour donner vie à un style unique : à la fois poétique et plein de groove. Amoureux.ses du texte, prenez place ! On vous livre aujourd’hui notre rencontre avec le Spoken Wordeur, rappeur, chanteur et auteur, Gyslain.N.

Un son, une couleur.

La musique de Gyslain Ngueno correspond à l’hybridation de plusieurs genres musicaux et littéraires. L’artiste d’origine alsacienne, installé depuis plusieurs années à Lyon, a construit son identité musicale en partant du texte, de la poésie, des mots. Après avoir écumé les scènes slam, les salons de poésie et les jams de la ville, Gyslain commence à réfléchir à la création d’un projet musical avec son ami pianiste, Rémi Tchango. C’est vraiment cette rencontre qui fait éclore le projet Gyslain.N. Ce passionné de scène évolue dans deux formations : en duo, pour une ambiance intimiste avec le piano, et en quatuor, permis par l’ajout d’un batteur et d’un bassiste*, pour une configuration énergique et groove. À chaque concert, le Jazz, la Soul, le Funk, le Hip-Hop et la musique contemporaine africaine s’invitent pour donner vie à une couleur unique, un son à la croisée des influences du poète. Il nous dit ces mots : « Je considère que tous les Arts ont en commun la poésie et qu’ils créent en nous des petits moments suspendus. » On comprend alors que cette couleur unique, dont on parlait plus haut, n’est autre que le résultat de ces moments “à part”, comme une contemplation sublime. Sa musique est alors une poésie de l’instant, une collection de moments suspendus que l’on vit grâce à ses textes, par sa voix. C’est sûrement pour cela qu’aucune de ces étiquettes étriquées ne collent : chanson française, slam, rap, rien à faire, Gyslain.N est un artiste qui ne rentre dans aucune case. 

C’est en Avril 2017 que sort son premier EP, Gaie-Gris. Hétéroclite, le disque montre l’étendue de la palette vocale que possède Gyslain pour faire sonner sa voix. On se laisse guider. On découvre entre autres, un a capella puissant, un morceau de rap énergique qui nous incite à hocher la tête, mais aussi un titre aux allures de bilan à prendre comme une ode au temps qui passe. Depuis, il a sorti son second EP : Welcome. Avec une esthétique léchée, ce disque, dans la continuité du premier, assoit un peu plus cette couleur Gyslain.N.

Au bout de mes rêves, Gyslain.N

Culture du texte et de la poésie.

Jeune, il passe tous ses étés dans la maison de sa grand-mère. Il découvre le plaisir de la lecture en feuilletant tous les livres qui s’y trouvent. C’est ici qu’il apprend à connaître les poètes de la négritude** comme Aimé Césaire, Léopold Senghor, René Depestre ou encore Léon-Gontran Damas. C’est aussi dans ce cadre familier des lettres, qu’il a ses premiers émois musicaux avec Miriam Makeba, Yvonne Chaka Chaka, The Watts Prophets ou encore Wanda Robinson. « Chez moi, il y avait tout le temps de la musique » nous confie Gyslain. Baigné dans cette culture emprunte de poésie, qu’elle soit musicale ou littéraire, le jeune strasbourgeois rencontre un nouveau courant artistique : le Hip-Hop. « La première fois que j’écoute un disque de rap, j’ai 11 ans, c’est un titre de Rakim. Pour moi c’est un électrochoc. » 

Il vit alors l’âge d’or du rap dans les années 90, commence à écrire et mêle peu à peu ses différentes influences. S’ajoute à ça la découverte de la poésie surréaliste à l’adolescence avec le cas particulier de Robert DesnosC’est grâce à cette culture plurielle que Gyslain Ngueno développe son goût pour l’écriture. Insatiable, il s’attaque à tous les genres : poésies, slams, nouvelles, chansons, roman, rap.  Il publie d’ailleurs en 2016 un recueil de poèmes nommé Souplesses puis en 2018 un recueil de nouvelles nommé Domestiquer la menace.

Ce sont bien deux projets artistiques qui cohabitent en la personne de Gyslain Ngueno. Il représente la scène et l’écriture, le disque et le livre, le rythme et la poésie. Il nous confie d’ailleurs que son projet « est pensé depuis le début comme une trilogie ». L’EP Gaie-Gris avec le recueil Souplesses fait figure de premier volet et l’EP Welcome avec le recueil Domestiquer la menace de second. Il est donc fort à parier (qui sait ?) que l’on entende parler d’un dernier opus dans la fin de cette année. Avant ça, tu pourras le voir en concert le 14 Février à la salle Léo Ferré aux côtés de Djazia Satour.

Album Welcome de Gyslain.N

*Alex Lefko (percussions) et Jean-Michel Warluzelle (basse)

**La négritude est un courant anticolonialiste littéraire et politique qui prône la libération culturelle de “l’homme noir”.

© Photo de couverture : Renaud Delattaignant

Souplesses (2016) aux éditions z4 
Domestiquer la menace (2018) aux éditions 5 sens

MJC du Vieux Lyon, salle Léo Ferré : 5 place Saint-Jean, Lyon
Instagram / Facebook / Site