VxH – La Voix Humaine : un seul-en-scène exceptionnel

Cette semaine, la rédaction s’est penchée sur un spectacle hors du commun de la programmation des Célestins : “VxH – La Voix Humaine”. Roland Auzet nous offre ici une relecture du texte de Jean Cocteau à travers des dispositifs scénographique et sonore à te faire (littéralement) tomber à la renverse.

 

“VxH – La Voix Humaine” c’est avant tout une histoire de téléphone : une femme attend dans son appartement que son amant la rappelle, comme promis. La pièce est écrite telle que nous n’entendons jamais ce que dit l’amant : seule les paroles de la femme sont rapportées. Entre amour fou et abandon, le téléphone est le seul fil rouge qui réunit ces deux personnages. Les coupures de réseau et autres échos métalliques stridents n’empêcheront pas l’amant de rappeler.
A l’origine de cette pièce (mise en scène par Roland Auzet) , deux auteurs et deux textes : “La Voix Humaine” de Jean Cocteau et “Disappear Here” de Falk Richter. Dans ces deux écrits, on retrouve les notions d’absence et d’intime : “absence de  l’autre dans  une conversation  au téléphone chez Jean  Cocteau, et absence de soi  dans le récit d’un parcours  d’une personne à la recherche d’un  être cher chez Falk Richter” explique le metteur en scène.

 

Une scénographie immersive signée Roland Auzet

Roland Auzet, c’est un petit prodige du spectacle vivant. Compositeur, percussionniste, metteur en scène, ancien directeur du Théâtre de la Renaissance mais aussi fondateur de la compagnie Act-Opus, son parcours est jalonné par l’expérimentation sonore. Il est en quelque sorte, à l’origine du “théâtre musical”. Ce genre à part entière (à ne pas confondre avec la comédie musicale) se construit autour d’un texte théâtral soutenu par un univers sonore (allant de simples sons à de la chanson) et une chorégraphie du mouvement des comédiens sur scène.
Et avec “VxH – La Voix Humaine”, il n’a pas fait exception. Pour cette occasion, les Célestins se sont délocalisés au théâtre Laurent Terzieff de l’ENSATT pour les besoins de cette scénographie tout bonnement incroyable. La scène est remplacée par une immense plaque de plexiglass pendue à quelques mètres du sol sur laquelle évolue la comédienne Irène Jacob. Les spectateurs sont invités à s’asseoir sous ces grands carreaux transparents, assis ou allongés sur des coussins mis à disposition. On passe donc son temps la tête en l’air à suivre les va-et-vient chorégraphique de cette femme pendue à son téléphone. A travers ce dispositif scénique, l’envie de Roland Auzet était “d’écrire un  nouveau rapport  entre le public,  la narration et « l’émotion  d’être spectateur », de voir,  de ne pas voir , d’être vu malgré soi  ou de « voler » des points de vue.
Et comme si ça ne suffisait pas, le son vient jouer un rôle essentiel dans cette mise en scène. Tout autour de la salle sont disposées des enceintes qui relaient en temps réel les paroles de notre protagoniste : dès qu’elle se déplace, le son migre avec elle et passe d’une enceinte à l’autre. La totalité de cette scénographie plonge donc le spectateur dans un état d’immersion fusionnel avec l’action qui se déroule sous ses yeux.

 

Irène Jacob, une funambule au bord du vide

Pour n’importe quel.le comédien.ne, cette scénographie, complexe et originale, est une opportunité folle. Lors d’une interview sur France Culture en Janvier dernier, Irène Jacob raconte combien “l’intériorité est un aspect essentiel de [son] jeu de comédienne”. Elle travaille alors à la mise en place de “VxH” et elle explique que jouer sur scène, avec ce texte puissant, revient à choisir de dévoiler plus ou moins d’intériorité selon les situations. Cette tension entre ce qui est dit (le texte) et ce qui est sous-entendu (l’intention) anime le coeur même du jeu scénique.
Dans “VxH”, Roland Auzet permet au spectateur de “voler des points de vue” et Irène Jacob se retrouve dans une proximité, une tension et une intimité avec le public comme jamais auparavant. Elle a dû accepter et même utiliser ce regard du spectateur qui se trouve sous elle (oui, oui, il arrive qu’on voit sa petite culotte et parfois même un sein). Au-delà de l’abandon de la pudeur, c’est une performance de funambulisme émotionnel que l’on observe.

 

Si toi aussi tu veux vivre cette expérience hors du commun et découvrir cette pièce indémodable, il te reste jusqu’au 22 Novembre prochain pour te décider !

 

Mathilde Lefrançois
© Photo de couverture : Hélène Builly
© Photos du corps d’article : Christophe Raynaud de Lage

Théâtre Laurent Terzieff (ENSATT) : 4, rue Soeur Bouvier, Lyon 5

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