The Limiñanas et Royal Blood : du psychédélisme de Perpignan à la brutalité d’Oxford

Lundi 10 juillet de l’an 2017, ce jour n’a été que nuages noirs, pluie torrentielle, grêle violente et tonnerre tonitruant. Tu partais pour écouter et jouer le blues américain seul chez toi… Mais encore une fois, les Dieux du Rock’n’Roll se sont manifestés ! Toutes ces horreurs se sont volatilisées par magie vers 19h30, pour laisser un ciel dégagé et un délicat air frais. Tu mets ton bandana rouge, enfile ton blouson de cuir et enfourche ta moto en direction de la plus belle colline du monde : Fourvière. Les cheveux au vent, tu hurles sur la route “Born to be wild” en rugissant de plaisir quant à la soirée Rock que tu vas passer. Tu retournes donc aux Nuits de Fourvière pour assister à un concert de bikers, bières tièdes et odeur de sueurs rances : une soirée Rock ! Le lieu est encore calme à 20h, mais tu sais que ce n’est que le prélude d’un grand cataclysme : le calme avant la tempête. Après avoir acheté une intrigante bière blonde, tu te diriges vers le lieu du murder : la scène.


The Limiñanas
, défonce-moi si tu peux !


C’est un peu particulier ce soir, ce n’est pas un concert classique (1ère partie/gros groupe). C’est un co-plateau : au commencement, les français de The Limiñanas, suivis par ces diables de britanniques de Royal Blood. D’ailleurs cette programmation est plutôt marrante : ces deux styles de rock sont vraiment différents. D’un côté un son planant, voire psychédélique avec The Limiñanas, puis du gros hard blues/garage rock des familles avec Royal Blood. Ce mélange va aller crescendo dans la destruction, du calme stoner au merdier le plus complet. Mais pour le coup, tu dois t’avouer vaincu : tu ne connais pas le premier groupe… Qui êtes-vous donc les gars?

Groupe formé en 2009 à Perpignan, les Limiñanas sont cinq sur scène : trois hommes et deux dames. Le groupe a été fondé par Lionel et Marie Limiñanas. Grace à l’internet mondial de ton GSM intelligent, tu vois qu’ils ont percé aux « ZétaZuni » avant même d’être reconnus en France. En seulement 7 ans de carrière, l’échiquier du rock psychédélique les a adopté. Parfait, cela fera une intro douce avant l’ouragan anglais. Curieux et intéressé, tu vas prendre position dans la fosse, prêt à sauter sur les autres êtres humains présents ce soir. Oui, tu as beau te faire vieux, tu en as encore sous le capot : tu vas donc montrer aux jeunes hyènes emos que c’est bien l’ours brun qui est toujours le Roi au pays des Pogos. Ce sera ta fosse : la fosse aux ours!

Le groupe commence et autant être franc : tu aimes ce qu’il se passe devant tes yeux. The Limiñanas est LA révélation pour toi de ces Nuits de Fourvière. La voix profonde du chanteur, accompagnée de ces riffs de guitare psyché te plonge dans une époque où il était respectable de se balader à moitié à poil dans les rues de San Francisco en portant des fleurs dans les cheveux. Franchement, tu as l’impression d’être défoncé… Quand la chanteuse prend le relais, c’est pour mettre de la folie et un rythme plus soutenu dans les chansons, ce qui fait un concert non linéaire qui te tient en haleine. Le spectacle se finit par dix minutes instrumentales hallucinantes où les différentes sonorités de guitare du monsieur dégarni (vibratos, taping) t’anesthésiront le cerveau pour les douze prochains mois. Si vous cherchiez un groupe de rock psyché pour cet été, n’hésitez plus les lapins : The Limiñanas ! Trente minutes de pause, assez pour aller prendre une bière et rêver des manifs contre la guerre au Vietnam en écoutant Jefferson Airplane ! Mais maintenant, tu veux que Woodstock se  transforme  en Hellfest… il n’est plus l’heure de planer mais bien de chahuter avec la fosse de l’amphithéâtre, en écoutant Royal Blood : la raison de ta présence ici ce soir !

 

Royal Blood, détruis-moi si tu veux !

 

Royal Blood est un groupe de rock progressif qui te stresse bien. Ce duo, composé de Ben Tatcher à la batterie et Mike Kerr à la basse, t’énerve quand tu les écoutes très fort dans le bus (tu aimerais d’ailleurs en prendre le contrôle et rouler à 230 km/h rue de la République en hurlant). Ces deux joyeux lurons foutent le feu partout où ils passent depuis leur formation en 2013. Sur scène, ils dégagent une énergie et une complicité incroyables. Tu avais adoré le premier album « Royal Blood » sorti en 2014. La veille, tu as écouté le second LP How did we get so dark?”, qui est sorti peu de temps avant le concert. Pour ce second album, le son a évolué: plus clair, légèrement moins garage, mais tout aussi explosif. La production de cet album s’est également affinée, avec un disque plus équilibré : une structure plus pop donc, mais plus agréable à l’écoute. Sérieusement, tu comprends pourquoi de grands noms du rock comme Iggy Pop ou encore Dave Grohl ont adoubé ce groupe. En effet, quand le batteur des Foo Fighters dit t’es “l’avenir du Rock”, tu peux commencer à te détendre sur les photos d’identité. Même dans un registre plus large de la musique anglaise, les deux compères ont été reconnu par tout le milieu musical en gagnant les Brits Awards 2015 !  

Le concert commence enfin et doux Jésus, c’est foutrement dantesque : la puissance du Hard Blues survolte la foule ! En début de concert, Mike Kerr prononce dans un Français approximatif « Bonsoir Lyon ». Hihi, tu apprécies cette douceur, mais visiblement ça a excité le duo. Les chansons s’enchaînent, le temps passe très vite, tes oreilles saignent de bonheur. A un moment, les deux membres du groupe font un hommage à leur plus grande idole : Eric Cantona. L’amphithéâtre se lève, une ovation street massive explose en l’honneur du chauvinisme à la française. Bon pour toi Cantona c’est surtout du karaté brouillon, mais visiblement il jouait aussi au foot avant d’essayer de jouer au cinéma…

En terme d’ambiance, l’épilepsie te gagne avec le mur de lumière derrière le groupe ! Ces dizaines de spots blancs rectangulaires clignotent frénétiquement, ce qui te fait redoubler d’effort dans ton projet de sauter sur le plus possible d’êtres humains vivants à proximité. Si tu ajoutes au tableau la frénésie avec laquelle Ben Tatcher frappe sa batterie, on n’est plus très loin de la scène d’introduction de Gladiator, quand Maximus explose tous les gaulois trop nuls pour se défendre.

Royal Blood joue à un rythme effréné et tu sais que des gens n’en sortiront pas vivants ce soir. Depuis la fosse, tu ressens le chaos ! Franchement, même tes derniers concerts de Métal étaient plus paisibles. Les corps s’entrechoquent constamment : pogos classiques, walls of death, moshpits, tout y passe ! Nous autres, spectateurs, devenons progressivement des sacs à patates humains, transpirants comme des mottes de beurre sous un soleil des tropiques que n’aurait pas renié Gilbert Montagné. Mais après seulement une heure de concert, tout s’arrête !

Tu es un peu déçu, tu en voulais encore, mais bon c’était un co-plateau ! Et de toute façon l’ancien leader de Led Zeppelin avait vu juste vis à vis de ce duo anglais. En effet,  Jimmy Page avait dit après les avoir vu jouer après la sortie de leur premier album: “Peu importe la longueur du concert, je les aurais écouté encore deux fois si j’avais pu”.

 

Épilogue

 

Encore une soirée magnifique aux Nuits de Fourvière. Après le rock lyrique d’Arcade Fire, tu viens d’assister à une belle fusion entre Rock Psyché et Garage. Cette année encore, la grande famille du Rock t’a fait vivre de très belle sensations sur la plus vieille colline de la capitale des Gaules. Le Rock’N’Roll, ce mélange de chansons, d’instruments, de solos endiablés, de fougue humaine et d’électricité musicale. C’est définitivement ce qui te fait le plus vibrer dans la musique. Tous ces éléments combinés dans ce lieu unique qu’est l’amphithéâtre romain de Fourvière provoquent en toi une épiphanie à chaque concert. Les plus grandes messes Rock de Lyon sont jouées ici, d’Iggy Pop à Kasabian en passant par Royal Blood. Il est indéniable que tu attendras donc avec impatience la programmation des Nuits de Fourvière 2018.


Vladimir Colovray


© Crédit photos :
Thomas Saminada

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