Le Sacre du Printemps ou comment le temps s’est suspendu

La rédaction s’est encore une fois aventurée aux Nuits de Fourvière mais cette fois-ci, c’est de cirque dont on vous parle. Il y a tout juste une semaine, l’Orchestre National de Lyon accompagnait la compagnie C!RCA sur les airs de Ravel, Berlioz et Stravinsky !

Belle journée que ce 28 Juin. L’été est bien là, le soleil aussi, ça commence tout juste à sentir les vacances. Après avoir surveillé pendant 4h des 3èmes passer leur brevet de Mathématiques (où tu te rends compte qu’ils sont tous nés après les années 2000.. la claque !), tu finis par sortir profiter des températures en hausse. Un rappel de ton portable te tire de ta rêverie et te dit qu’il faut que tu partes pour le théâtre antique de Fourvière.
Et c’est là que tout te revient ! Ce soir, tu as rendez-vous avec tes rêves d’enfants : le cirque, la scène, les acrobaties, le mouvement perpétuel, la musique… Oh que oui, ça va être une superbe soirée !

Te voilà dévalant les pentes sur ton fidèle destrier rouge à deux roues direction le vieux Lyon. Cette fois-ci, tu as un peu (carrément) la flemme de monter la colline qui prie à pieds… Arrivée sur le site, ni une ni deux, tu essayes de te trouver une place. Malheureusement, les transports en commun t’ont retardée, tu te retrouves sur un des côté des gradins, avec une vision complètement coupé de l’orchestre. Heureusement, la scène sur laquelle vont évoluer les circassiens est un proscenium rond ajouté pour l’occasion. Après avoir récupéré un des fameux coussins verts ainsi qu’une boisson houblonnée, tu t’installes pour patienter quand soudain, tu entends qu’on appelle ton nom derrière toi. Tu te retournes, cherche des yeux dans la foule et là, tu n’en crois pas tes mirettes : c’est ta vieille pote Zan ! Voilà bien deux ans que tu ne l’as pas vue ! Forcément, vous vous décidez à rattraper le temps en attendant le début du spectacle.
Ton impatience et ta curiosité grimpent en flèche ! Il faut quand même spécifier que les trois pièces musicales qui vont être jouées ce soir n’ont jamais été interprétées par des circassiens. Le ballet oui, mais le cirque, non ! L’orchestre s’installe, les musiciens s’accordent, le chef d’orchestre entre et la musique commence à résonner dans l’amphithéâtre. La soirée commence par “Le Tombeau de Couperin” de Maurice Ravel. Six acrobates entrent en piste : contrepoids, voltige, saltos et autres roulades se succèdent avec grâce, agilité et suspension. Comme si, soudainement, chacun des voltigeurs pouvaient appuyer sur un immense bouton pause et nous laisser en suspens avec eux, avant de retomber. A chaque saut qui te semble risqué, tu retiens ton souffle. Et lorsque tu le relâches, tu entends un même murmure traverser le public de l’amphithéâtre.
Des six hommes, il n’en reste plus qu’un. Et voilà qu’il s’amuse à grimper, tomber, être en équilibre sur un mât. Sa souplesse et son gainage te font rêver pendant quelques instants, mais voilà, le numéro se termine…

À peine le temps de respirer que l’orchestre enchaîne sur “Les Nuits d’été” de Hector Berlioz. Cinq femmes entrent sur le proscenium. L’une d’elle, Isabelle Druet, une mezzo-soprano, se place au centre et commence à chanter d’une voix chaude et puissante les premiers vers : Quand viendra la saison nouvelle, / Quand auront disparu les froids, / Tous les deux nous irons, ma belle, / Pour cueillir le muguet aux bois ”. Pendant que le chant et la musique t’hypnotisent, le soleil décline et les circassiennes voltigent tour à tour sur des sangles aériennes ou sur un trapèze fixe dans une ambiance vespérale… Tu ne peux t’empêcher de comparer cette performance à celle de leurs homologue masculin et tu te dis qu’elles n’ont strictement rien à leur envier tant par la force que par la grâce. Toutes les acrobaties qui te semblent impossibles à faire dans le monde réel se réalisent sous tes yeux ébahis. “Où voulez-vous aller? / La brise va souffler.” C’est sur ces vers que se termine ce moment magique. Après un court instant de silence, le public s’ébroue et sort de ses songes en applaudissant chaudement les artistes.
C’est l’entracte. Tu réussis à te faufiler jusqu’aux petits coins tout en croisant au milieu de la foule la Ministre de la Culture, Mme Nyssen. Tu retournes à ta place, encore plus impatiente et curieuse que jamais : le clou du spectacle arrive ! Le même cérémonial se met en place : les musiciens s’installent, s’accordent, le chef d’orchestre entre sous les applaudissement, un lever de baguette et la musique commence. Cette fois-ci, tu connais l’air, tu te laisses happer par les accords familiers et par la nuit qui est enfin tombée. La troupe remonte en scène, au complet cette fois. Et pendant que “Le Sacre du Printemps” d’Igor Stravinsky résonne, tu perds toute notion du temps, d’espace, tu ne vois plus que des feux follets se projeter dans les airs et rouler sur le sol. Quelques pas de deux simultanés te laissent étourdie par tant de légèreté et de suspension… Tu finis par te convaincre que ce ne sont pas des être humains qui foulent cette scène mais autre chose. Des fées peut-être ? Tout l’amphithéâtre soupire à l’unisson chaque fois qu’un des voltigeurs s’élance. Ces respirations de soulagement rythment leurs actions aussi certainement que la musique. Ils sautent, roulent, rebondissent, se projettent, volent, tombent, gesticulent, s’élancent, s’arrêtent, marchent lentement puis courent dans un chaos finement structuré.


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Lorsque la musique s’arrête, c’est une ovation pleine de chaleur et de sourires qui emplit le théâtre antique. Toi-même, tu ne peux t’empêcher de hurler ta joie à grands renforts de bravo et de merci que s’empresse de reprendre ta pote Zan. Tu la regardes et remarques qu’elle aussi à les yeux qui brillent et un sourire aussi grand que le tien fend son visage… Tu descends la colline avec le sentiment d’avoir vu le plus beaux des feux d’artifice du 14 Juillet. Ton âme de gosse trépignant de vouloir faire des roulades de partout et tes oreilles pleines d’une magnifique symphonie.

 

Maddy Lefrançois
© Crédits photo : inconnu

Nuits de Fourvière : 6, rue de l’Antiquaille, Lyon 5
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C!RCA : 420 Brunswick St Level 3, 4006 Brisbane (Australie)
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Orchestre National de Lyon : 149, Rue Garibaldi, Lyon 3
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