Reperkusound 2017, Nuit 3 : la folie de la démesure

En un an et demi d’aventures Kosmic, tu restes encore la petite bleue des « big événements » de la zik. Depuis, tu essaies tant bien que mal de planer autour de la scène indépendante. Tu vas, tu viens, tu fouines de partout à la recherche de la perle qui te provoquera cette putain de chair d’ampoule. Pour ça, la troisième nuit du festival Reperkusound (les Reperku pour nos srabs du milieu) semblait être une bonne occasion d’aller à la pêche aux nouveaux artistes.

 

La même belle rengaine

 

Tu connais un peu les lieux (oui, sans vouloir te la péter, tu en avais déjà profité l’année dernière). Quand tu mattes la programmation, ça te met l’eau à la bouche (presqu’autant qu’un plat de bonne maman après des mois d’une grève de la faim étudiante involontaire) : Chinese Man, ProleteR, DJ Fly et Netik, L’Animalerie… que du beau monde ma p’tite dame. Ca fait bien douze berges que Les Reperku cartonnent dans le coeur des amateurs de musique urbaine. Implanté au Double Mixte depuis sa création, le festoch, organisé par nos potos du label Médiatone, accueille près de 15 000 personnes prêtes à jouer des hanches et s’imprégner des quelques bonnes vibes qui ont toujours fait de cet événement « the place to be » ! (Tu connais pas ? T’es so has been ! ptdr).

Bon là c’est dimanche. T’as passé la semaine à bosser pour un célèbre fastfood. T’as fait l’équivalent du taff de trois personnes pour le même salaire, eu le temps de lutter contre deux trois clients exigeants (c’est l’adjectif que t’utilises quand tu ne peux pas dire « gros chieurs ») et même récolter des effluves d’huile qui t’ont fait sentir la bonne friture des familles tous les soirs. Su-per ! Aujourd’hui, tu mets tout ça derrière toi. Invitée pour l’occaz, tu veux que cette troisième nuit des Reperku prenne ton cerveau en otage le temps d’une soirée. Tu gardes quand même un peu de matière grise histoire d’assurer les trois interviews que t’as prévu mais pour le reste, tu ne réponds plus de rien. Avant d’y aller, tu te prépares comme si t’allais déclencher une fusée. Chaque détail compte : enregistreur, apéro pré-op’, batteries chargées, jean favori de chez Hachéaime : tu mets tous les avantages de ton côté pour ne pas paraître « so weird » auprès du gratin de la crème. Avec tout ça, tu réunis ta fine équipe : Ines, ton autre toi Kosmic, et Jeanne, ta copine musicienne un poil barée. Une brigade concoctée aux petits oignons prête à aller taper du pied et montrer qui c’est le patron !

 

Ton coeur vacille, entre deux scènes

 

T’arrives au Double Mixte en avance (t’es aussi là pour le boulot). T’as la boule à la bedaine mais t’es excitée autant qu’une marmaille à Disneyland. Tu entends déjà au loin le Boom Boom classique qui fera saigner tes tympans tout à l’heure (et merde… t’as encore oublié tes bouchons). T’arrives à l’espace presse et t’es reçue comme une princesse : vestiaire privée et bière pas chère sans besoin de « Token », tu t’dis qu’y’a une justice quand même. Les Kosmics Girls sont dans la place. Vous enchaînez vos trois interviews (et autant de pintes de bière) avec des charmants messieurs : Senbeï, Originz et ProleteR. Tu te dis que t’as bien fait de faire un effort vestimentaire pour une fois. T’es au poil. C’est 22h, vous avez fini votre job, votre professionnalisme s’envole, la soirée peut enfin commencer.

      
Les festivals, tout le monde kiffe. L’inconvénient, c’est que ce genre d’événement t’oblige à faire quelque chose que tu détestes en général : faire des choix. Oui, les artistes se produisent sur trois scènes (ici Main, Moon et Solar Stage) et en général, les têtes d’affiche qui t’ont gracieusement fait de l’oeil passent en même temps : que la nature est mal faite ! Bref. Vous déboulez vers la scène principale pour rejoindre Jeanne au coeur de l’action. Pendant qu’Altarba envoie du lourd devant une foule à la limite de l’hystérie, toi tu peux compter le nombre d’animaux de la basse-cour que tu croises (ah les festivaliers…). Tu te « pair » dans tes chiffres quand un Jean-Michel je-me-la-pète renverse l’intégralité de sa bière sur toi entre deux pas de danse approximatifs. Tu gardes ton calme, souris tel un bon vieux Joker et réprime un « toi, tu vas mourir ». Sonnée, tu te rappelles que ProleteR passe sur la scène du bas : quelle mission pour y aller ! T’as le temps de croiser un groupe de teenage Charles-Henry/faux skateurs, deux vigiles qui ont l’air d’avoir avalé des armoires, des hippies de grandes zones en train de se débattre : « oui c’est vrai, ils ont fait des efforts pour l’écologie cette année » et quelques visages connus : Adrien et Thomas des Big Junior, Tarik de Médiatone, et même Billy et Tasty Took des Perfect Hand Crew. Eux, vous les aviez déjà rencontré en septembre à Marsatac avec Kosmic. Incroyable, ils se souviennent de vous (votre binôme à la Laurel et Hardi fait toujours son petit effet).

T’arrives enfin à destination, Inès la valeureuse est toujours avec toi mais t’as perdu ton autre recrue : « Elle est où Jeaaaaaanne ? ». La connaissant, elle a dû aller se perdre au fin fond de la Moon Stage. Là ou le Boom Boom n’est plus si classique et où le son te paraît incroyablement difforme (la psytransfrenchcorehardmachin, ça a jamais été ton truc). Là, tu te rends compte que tu as atteint le point de non-retour. Tu crapahutes entre les Main et Moon Stages au rythme des concerts. T’es enivrée, ta vision baisse, mais t’es heureuse comme une grenouille dans la marre. T’essayes de faire quelques battles de booty shake avec Inès. Avec son déhanché tout droit sorti des Antilles, tu ne rivalises pas bien longtemps. Tu t’en fous, t’es devant Chinese Man et t’as du mal à contenir la Woo Girl qui sommeille en toi. T’es même quasi sûre que le clin d’oeil envoyé à DJ Sly t’as été rendu. T’enchaînes sur l’Animelerie, Dj Fly & Netik, Dope Dod… une machine !

 

C’était tout ce que t’aimes (palapapapaaa)

 

A quatre heures, vous vous dites qu’il est temps d’y aller. Toujours sans Jeanne, qui a l’air de vouloir planter sa tante. On rentre avec notre cher taxi des pauvres : Heetch. Tu tombes sur un roublard de première mais au final, tu lui donnes moins que prévu (t’as cru que j’étais qui mec ?). Un sourire niais sur le visage, tu te glisses enfin dans tes draps en repensant à ta folle soirée. T’as bossé, bu, sué, dansé et plein d’autres participatifs. T’as les tympans en hémorragie, ton jean est mort mais qu’importe. Au moment où tes doux rêves te prennent dans leur bras, tu peux enfin te dire « Et là, c’est qui le patron ? ».

 

Aviva Nakache

© Crédit photos : Clubbing House Guillaume Conchin & b-Rob

Fetsival des Reperkusound au Double Mixte : 19 Avenue Gaston Berger, 69100 Villeurbanne

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