Encore une fois ce mois-ci, tu vas assister à un concert seul. Autant le dire : tu t’en fous royalement ! Si la plèbe préfère voir Top Chef ou encore jouer à League Of Legends, toi tu préfères toujours devenir acouphène devant un lourd live ! D’ailleurs ça fait des années que tu rêves de voir DJ Shadow : ce galopin a la réputation de faire des tournées hallucinantes en mixant comme un « Prestige 5 dans Call of Duty » . L’Original Festival a fait un coup de génie en le programmant cette année. Le vélov’ se rapproche du Transbordeur et donc ton gosier d’une douce bière ambrée (un soulagement après cette journée trop chaude ayant dépassée la barre des 38 degrés).

 

Nouvelle nuit au Transbordeur, nouveau Festival Kosmic


Il est 20h quand tu arrives « in da place » ( comme dirait le philosophe acteur/rappeur américain 50 Cent). La journée à été très dure : t’as hurlé toute la journée sur les kidz sous une chaleur étouffante, y’avait plus de compotes à la cantine et les freins de ton vélov’ étaient merdiques. Tu es content que la température baisse ce soir. Ça te permet de rebrancher ton cerveau et de t’apercevoir que le public est plutôt âgé : des milfs tatouées et des trentenaires osant porter l’odieux combo New Era trop grandes/ bermudas. Tu comprends que ce sont des fans de longue date de DJ Shadow : pas de jeunes vélociraptors amateurs ce soir, que des anciens T-Rex expérimentés. Tu te poses dans cette faune de vieux sous d’énormes parasols en finissant ta pinte d’ambrée et tu te diriges vers la scène où l’événement va enfin débuter.

L’Original Festival en est à sa 14ème édition et pour les blaireaux comme toi, il permet de faire partager cette culture « street » (oui tu ne te mens pas à toi-même, tu n’es pas un fin connaisseur de rap, de hip-hop ou encore de bizarrerie Street comme le tag urbain, le hand spinneur agressif ou le breakdance). Entre rap contemporain (Mac Miller) ou Hip-Hop/Scratch traditionnel (DJ Shadow), ce festival propose une sélection d’artistes vraiment variés. Putain ! Cela va te changer des nuits technos et autres concerts Rocks de ces derniers temps. Après un discours d’introduction de type stand-up embarrassant du Jamel Comedy club, la première partie commence avec Groove Sparkz

Tu ne connaissais pas ce gône (le mec est lyonnais : il domine donc dès le début), mais il gère totalement sur ses platines ! Tu n’es pas habitué au live de scratch mais tu secoues la tête comme le chien sur la banquette arrière de la pub Ice-Tea des années 2000 ! Tu as envie de remonter dans ta machine à voyager dans le temps et d’aller en 2003, l’âge d’or du Hip/Hop Scratch. Là ou tu pouvais au plus grand des calmes dire « Yo ! » et porter des débardeurs Eckö tout en téléchargeant des sonneries polyphoniques sur ton Motorola ! Visiblement, Groove Sparkz a plus de 10 ans de vécu dans le turntablist français : en cherchant sur l’internet mondial, tu peux voir qu’il est double vice champion DMC en international et triple champion de France. A la fin de son set, tu comprends pourquoi le mec a gagné 3282622 titres : il gère en live. En somme, une superbe introduction à DJ Shadow.

 

De la musique expérimentale au Hip-Hop underground des 90zzz


Tu as un peu honte de l’avouer, mais tu as connu DJ Shadow par le biais d’une pénible et vieille publicité vantant les GSM à clapet (le summum du swag à l’époque) avec le titre « Mongrel … Meets his maker » . A partir de cette base (gênante), tu as découvert cet artiste et le seul qualificatif qui te vient à l’esprit est « génie ». Depuis son premier album studio, le légendaire « Entroducing » (1996), il fait l’unanimité dans le milieu de la musique. Ce natif de Californie mixe et crée du son depuis les années 90, passant du hip-hop à la musique électronique expérimentale. La meilleure description de ce gouffre séparant ces différents styles se trouve simplement dans les deux premières pistes de son nouvel album « The Mountain will fall » : l’écoute de la très électronique et planante du même nom, suivi de la très rap/ Hip-Hop « Nobody Speak« , est non seulement fluide mais également parfaitement amené par le mix de l’album : du très beau travail ! C’est l’heure, la scène a été réorganisée pour l’artiste et tu le vois enfin arriver.

Pas de feux d’artifices ou d’explosions de feu : le mec arrive comme un papa et parle directement au public. Ton niveau en anglais (B1 selon les experts de la fac) te fait comprendre sa passion à jouer en live et qu’il a adoré son dernier passage à Lyon aux Nuits Sonores en l’an de grâce 2011. Il t’expose, à la manière d’un professeur de musicologie, qu’il va jouer ses nouveaux morceaux mais aussi remixer ses tubes historiques pour mélanger toutes les époques de son œuvre. Après ce teaser street crédible, l’artiste se met à envoyer du lourd et scratcher sans plus attendre. Autant ne pas y aller par quatre chemins : la musique est incroyable ! Tu vois donc la dualité entre sa musique expérimentale et son amour pour le hip-hop underground. On alterne entre solo de scratchs puissants et électro planante. DJ Shadow enchaîne chaque son avec toujours la même perfection dans les transitions et de temps à autre, il s’arrête pour expliquer des petites particularités.

Ce qui te touche particulièrement, c’est le soin avec lequel le spectacle a été mis en place. Trois écrans géants disposé en arc autour du gars diffusent son univers visuel : des clips, mais également des vidéos et montages originaux pour la tournée de l’album. Une nouvelle dualité te saute aux yeux : la technologie numérique et la nature. Mais ces deux entités ne sont pas mis en opposition : au contraire elles sont présentées comme complémentaires. Ainsi, dans l’univers du DJ de l’ombre, l’univers et les montagnes peuvent être potes avec les ordinateurs et les fusées ! A un moment, il balance au micro avec un accent yankee très prononcé un petit « Merci Merci bôcou Lyon » : tu fonds comme une motte de beurre au soleil. Tu t’y attendais et tu as encore une fois vu juste tel Obi-Wan Kenobi dans Star Wars Episode II : le concert se finit sur un remix impérial d’ »Organ Donor ». C’est un hommage à l’anniversaire de l’album « Endtroducing » qui a 21 ans aujourd’hui.

 

Epilogue


Encore une fois, le transbordeur ne t’a pas déçu. Tu étais un peu dubitatif d’aller à un festival Hip-Hop et tu avais tort, c’était incroyable ! Pas de rappeur énervé parlant de pistolets et de schnouff, mais bien des amoureux de Rap/Hip-Hop voulant faire partager leur passion. Tu envies les gens qui vont s’éclater sur Mac Miller le lendemain. Et pour finir, tu as de la chance : ton vélov’ de retour est parfait ! Tu files au vent sur le boulevard de Stalingrad en te remettant l’album « The Outsider » de DJ Shadow, tout en écrivant à ton pote Yoyoboule pour prévoir une future virée Hip-Hop à Lyon.

 

Vladimir Colovray


Post Scriptum 
: « Cet article est dédié à Bruno, le papa de mon meilleur ami, parti le matin même du concert. Grand amateur de musique, il était quand même plus Balavoine, Claude François et Supertramp que DJ Shadow ou Arcade Fire, mais aimait d’une manière générale la belle musique. C’était un bon vivant et surtout un mec en or qui m’a toujours accueilli même quand je faisais les pires conneries avec mon pote ! Monsieur T, passez le bonjour à Daniel Balavoine, CloClo et Bon Scott en buvant un agréable apéro musical avec eux ! »