Alors que l’hivers chante et que la population se détrempe, la rédaction s’est dégelée le nerf auditif en valsant au rythme d’une ambiance reggae et planante entretenue par un quatuor captivant et étonnant : Naï-Jah.

 

Au dénouement d’une flopée de rencontres et de jams sessions à volo, voila maintenant six ans que les Naï-Jah découlent leur folie reggae sur le scène régionale. D’une formation initiale soubassophone/guitare acoustique/batterie, ils intègrent depuis près d’un ans un quatrième membre (Gordon) et sa guitare électrique. Un instrument « rock’n’roll » qui a permis d’apporter une mélodie cadencée et plus percutante à chacun de leur morceaux.

En plein coeur d’un univers très « roots », le groupe se démarque à travers une rythmique singulière conduite par le soubassophone : « Nous sommes un peu différents des autres groupes de reggae qu’on voit un peu partout », se confie Gregory, soubassophoniste des Naï-Jah. « Le tempo se fait généralement au niveau de la batterie et de la basse. Pour remplacer cette dernière, on a décidé d’opter pour le « Souba ». Les enchaînements de notes ne s’y abordent pas du tout de la même manière. Le jeu de piston et le jeu de corde sont différents dans le sens ou le cuivre apporte un timbre, un son plus moderne et original à ce style de musique. » Egalement utilisé en deuxième ligne aux New Orleans, cet instrument, imposant et visuellement peu commun, donne une tessiture grave (on peut se référencer à la « force tranquille de la pompe ») et un effet « Fanfare » dans lequel une touche de gaité s’installe naturellement.

 

Du sérieux en légèreté

 

Avec des membres ayant leurs propres influences (du jazz/classique au blues/rock en passant par la musique africaine), les Naï-Jah on su se frayer un chemin identitaire en se créant un juste équilibre à travers les personnalités de chacun. Déversant des sonorités qui se veulent « joyeuses », le groupe produit un contraste détonnant en abordant des sujets « sérieux » : « Nos chansons sont assez revendicatrices », révèle Mahakwe, chanteur/guitariste de cette belle cabale. « Etant originaire du Nigéria, on y évoque forcément ce que j’ai vécu dans ce pays. L’Afrique, la corruption la bas… Mais avec le travail que l’on peut effectuer sur les accords, notre style reste assez enjoué et gai. Je pense qu’on a pas forcément besoin de réaliser des mélodies tristes pour évoquer des sujets importants. Ce qu’on veut, c’est de ramener, sur un ton léger et agréable, des thèmes qui sont touchés au corps. Le but final étant de faire passer un message qui soit assez fort ». Une dissonance marquante qui tend aussi bien à faire mouvoir les corps qu’à secouer les neurones.


Qui dit musiciens passionnants, dit artistes passionnés. Avec un passé musical très pondéreux, c’est en déversant une technicité singulière que leur musique dévoile une intégrité dans tout ce qu’ils entreprennent : « Notre travail n’entre pas dans le domaine que l’on pourrait qualifier de commercial. On essaye de rendre ça unique, plus humain. On ne veut pas le faire pour vendre ou gagner de l’argent. On est en accord avec ce qu’on fait, on adore ça et on aime le faire partager aux autres ». Cherchant contre vents et marées à engendrer l’authenticité, ils essayent d’aller à l’encontre de l’hyperproductivité actuelle. Et c’est avec deux EP dans leur musette (dont le dernier, « Soldier Man », est sorti physiquement en décembre 2014) qu’ils se donnent à fond sur les planches : « C’est vrai qu’avoir des maquettes, ça sert effectivement à démarcher plus facilement les salles de concert (par exemple), d’avoir un apport solide… mais il faut dire que c’est sur scène que l’on vibre le plus. Le contact direct avec le public, le partage. C’est ce qui est, à notre sens, le plus épanouissant dans le quotidien d’un artiste. »

Avec un premier album en plein façonnage (12 ou 14 titres de prévus), ils envisagent ici d’accorder une importance particulière à la production (intégrer du piano, faire intervenir des « guest »… tout ça tout ça). En attendant la création de ce prochain « bébé », vous pouvez d’ores et déjà venir planer sur l’univers reggae de quatuor atypique le 9 avril prochain à Amplepuis.


Aviva Nakache


Naï-Jah, Les Membres : Mahakwe Wadike (chant/guitare accoustique), Gregory Julliard (soubassophone), Gordon Tian (guitare electrique/coeurs) et Nicolas Delaunay (batterie/coeur)

Pourquoi « Naï-Jah? » : « Quand on parle du Nigéria on dit : « naija ».  Le Nigéria est l’un des pays les plus christianisé au monde, très religieux, limite dérisoire. Par exemple : si je ne révise pas un examen et que je l’obtient, ça sera grâce à Dieu. Donc Nai-Jah c’est : va t’on attendre que dieu vienne nous délivrer pour que l’on avance, ou est ce qu’on va prendre notre destin entre nos mains ? »

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