Loodz : l’accord parfait entre street et pensée

Toujours à l’affût, la Kosmic Team aiguise son œil de lynx à la recherche de talent et de nouveautés. Cette fois-ci, nos yeux se sont rivés sur Loodz, graffeur phare du prochain solo show de Superposition. Son univers aussi coloré que truffé de références ne laisse pas indifférent. À la fois fascinant et source de questionnement, on a voulu percer le mystère : rencontre !


Loodz et le graffiti


Enfant il dessine déjà beaucoup et la fibre graffiti commence à naître en lui à 17 ans. Dans son premier boulot, il rencontre le graffeur parisien Alker. Avec lui, il découvre la vidéo “Stylewars” et le livre Paris-Tonkar de Tarek. Aussi grand amateur de rap, avec Assassin en haut de la liste, Loodz a tout d’un jeune prêt à faire ses classes, spray en main. Véritable révélation, une chose est sûre : “il faut [qu’il] participe à ce truc d’une façon ou d’une autre, c’est trop bien !” D’abord adepte des sorties nocturnes et de la recherche de spots, il se tourne assez rapidement vers le mur où il sent qu’il peut donner plus. Féru de graffiti, en pratique comme en théorie, sa proximité avec Genève ne sera pas sans conséquences. Pour lui, “c’est une école de dingue Genève : très qualitative pour ce qui est du terrain et assez efficace pour ce qui est de la rue.” Dans un cocktail d’adrénaline et de passion, il commence, peint de plus en plus jusqu’à devenir addict.
Avec à son actif 15 ans à Genève et 5 ans à Lyon, Loodz ne peut éviter les constats : “Les terrains à Genève ou en Suisse, généralement, tu prends des claques. À Lyon, t’es un peu déçu parce qu’il y a tellement de graffeurs et peu de terrains, que tout le monde repasse tout le monde. Et finalement, t’as pas de hall of fame.” Initialement, “si tu repasses une pièce c’est pour faire mieux.” Le leitmotiv, c’est en fait de se surpasser. C’est de là que découle l’émulation genevoise à laquelle Loodz est si attaché et qu’il est triste de ne pas retrouver dans la capitale des Gones. La pérennité des pièces genevoises (qui ont parfois 20 ans) contraste avec l’éphémère du graffiti lyonnais, où un mur peut être repassé 3 fois en 2 jours. Tout en contraste, la culture urbaine règne.

 

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Tout en évolution


Dans ses travaux récents, Loodz opte pour le spray sur le mur et l’acrylique pour la toile. Efficace pour les grosses surfaces, l’aérosol reste l’outil de prédilection pour le terrain, là où il laisse un grain sur la toile : l’acrylique permet d’obtenir un rendu lisse. Combinée aux contours à l’encre de chine, la précision tant recherchée peut être atteinte. Loodz fait des essais avec le bois, où les découpes suivent les contours du dessin qui habite alors la matière. La couleur est aussi un élément primordial : elle permet les jeux de perspective. On est immergé dans ses œuvres, happé par la sensation de volume que les aplats et les contours déploient sous nos yeux . On est saisi par un univers où ses influences côtoient sa vision de l’être et du monde. Ses références sont d’ailleurs vastes : pour le graffiti les KMA de Genève et Pro176 pour ne citer qu’eux. La BD avec Mœbius, Buscema ou Manara, par exemple. Il grandit avec Albator et Capitaine Flam donc n’échappe pas à l’emprise de la science fiction. On peut additionner à tout ça le rap, les lectures : ses toiles, c’est un peu une synthèse de tout ça, avec la valeur ajoutée Loodz.

 

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Aujourd’hui, son travail semble converger vers le kairos, une autre dimension du temps comme une ouverture sur une autre perception de l’univers. Quand on lui demande, cette exposition “c’est une interprétation plus ou moins abstraite de l’envers du décor (rires)”. Aussi intelligible que celui puisse paraître, “si on est là, c’est parce qu’il y a 22-23 ans, mon pote Sala m’a filé un livre : Paris-Tonkar. Ce moment là, mine de rien, il est omniprésent à cet instant. Mais comment il est représenté ? C’est ça en fait, c’est un peu de la spéculation.” Notre perception nous permet de traduire le monde, l’être est donc central. Il est représenté en trois pôles : le corps, l’âme et l’esprit. C’est le motif récurrent du point noir qui les symbolise et donne aussi un effet de sérigraphie à un ensemble d’œuvres uniques. Loodz nous explique : “Le point est création, le trait c’est le temps et la courbe c’est le choix. Chacun est indépendant. Et à un moment donné, il faudra peut-être qu’ils ne forment plus qu’un pour être en phase, transparents.” C’est tout en philosophie qu’il nous invite à se plonger dans son travail, à s’en faire sa propre interprétation tout en proposant une intervention de l’esprit. Pour lui, “c’est important de faire quelque chose qui ne soit pas que du spectacle […] ça prend trop d’énergie pour que ça ne soit que ça. (rires)”


Dans un tourbillon de couleurs vives et de perspectives sensationnelles, la précision du dessin laisse pantois. Ébahissement général à partir du 1er Juin à Sitio, fief du solo show urbain, pour un voyage au cœur de la peinture.


Margot Whitehead

 

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Sitio par Superposition : 3, place Gensoul, Lyon 2ème 
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