Lena Mačka : Fresques introspectives

Kosmic fait fi de l’envie générale d’hiberner et met la course aux cadeaux de Noël sur pause pour quelques instants en compagnie de Lena Mačka. Embarquement immédiat pour la poésie de celle qui prend possession des murs de la rue Longue tout le mois de décembre.


Armés de vos moufles et de votre écharpe XXL, vous ne manquerez pas de plonger le regard dans les fresques étranges et envoûtantes qui entourent la galerie Superposition. Derrière, se tient Lena Mačka, illustratrice dont on vous conseille de bien retenir le nom ! De retour d’une résidence à New York, où elle a multiplié les collaborations (notamment pour Lenny Letter (qui a participé à ses créations
) et après avoir signé la couverture de Libération (rien que ça), la jeune femme pose sa patte à la galerie made in Lyon pour une exposition inaugurée le 23 novembre. L’artiste n’en n’est pas à sa première association avec le collectif : le paysage de la team Superposition, elle connaît. Après avoir mélangé ses pinceaux avec Agrume, WENC et Lucie Rimey, écumé Super Aloha et les Urban Art Jungle, c’est un solo show que Lena Mačka nous propose aujourd’hui pour nous parler d’empathie.

Un palmarès impressionnant, quand on sait que l’illustratrice n’a commencé sa carrière qu’en 2013. Elle avoue avoir toujours dessiné, le crayon comme moyen d’expression de prédilection (triple rime, bim, qui dit mieux ?) : « je ne m’exprimais vraiment pas beaucoup” se confie-t-elle, “ J’étais hyper timide, du coup je dessinais beaucoup : c’était le moyen de faire passer des trucs. Et c’est resté ! ». Pourtant, c’est d’abord la photographie qui l’amène à exposer la première fois à Valence, sa ville d’origine. Le dessin vient progressivement, s’immisce dans ses clichés où elle invite personnages et saynètes imaginaires… Avant de devenir son médium numéro un. C’est au cours d’une Terminale option arts plastiques enchaînée sur une année d’étude de graphisme à Bellecour École que Lena parfait sa technique, mais l’expérience dont son art témoigne est plus intérieure.


La toile comme miroir de l’intime


Le personnage central de son univers surgit d’ailleurs avant ce parcours, d’un simple coup de fil : «
Je me rappelle du premier que j’ai fait. J’était au téléphone avec ma mère pour lui dire que je reprenais des études [d’art, ndlr]. On a toujours ce tic de dessiner quand on appelle* : j’ai fait ce personnage, il est sorti de là, de cette conversation. C’était il y a quatre ans. » Depuis, l’artiste affirme son style, entre couleurs chaudes et lignes élégantes qu’elle met au service d’un propos parfois grave, toujours profond et résolument humain. Loin du cliché du barbu à toge blanche, nous voilà donc en présence d’une philosophe dernière génération. Lena raconte le « Je », le « Nous », s’attaque à des sujets « un peu glauques », pour nous en offrir un regard poétique. Et elle ne prend pas la chose à la légère ! Balayant l’image galvaudée de l’artiste dilettante qui se la coule douce au milieu de ses œuvres (vous avez dit cliché ?), mademoiselle se documente, lit, plonge dans sa thématique pour « savoir ce que c’est, d’où ça vient et comment on peut la développer ».

Dépression, côté obscur : « je fais ma propre thérapie ! » nous dit-elle en riant, « ce n’est pas infondé, je l’ai subi, alors j’avais envie d’en parler comme ça, pour aider les gens à en parler aussi. » Communiquer, partager : le lien au spectateur est central dans son travail. « Amener les gens à se poser des questions, je trouve ça hyper important, je le fais tout le temps ! A New York, j’aimais entendre le public discuter de ce que je faisais sans savoir que c’était moi qui était à l’origine des œuvres. Je trouve que c’est super intéressant parce que je que je peux avoir ma propre interprétation mais les gens vont dévier sur quelque chose de complètement différent ! » Cette libre lecture de ses œuvres, c’est justement le but de ce personnage sans visage âgé de quatre ans : « un sujet hyper neutre pour que tout le monde puisse s’en imprégner aussi et se faire sa propre histoire. » Fidèle à cette philosophie, Lena ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : elle pousse plus loin son rapport au spectateur en lui offrant désormais de l’accompagner… pour la vie. On vous arrête tout de suite : c’est bien de tatouage dont on parle ! L’artiste troque en effet ses pinceaux pour les aiguilles, pour le plus grand bonheur de celles et ceux qui auraient son style dans la peau (oui, on a osé).


Kimlan Durieu


* à la rédaction on confirme, mais on n’est pas sûr que Superposition ferait une exposition de tous nos dessins sur post it !


Lena Mačka : Sa page Facebook ici

Superposition : Leur page Facebook ici
Leur site internet ici

Bellecour Ecole : 62 rue de la République, 69002 Lyon 6

No Comments

Post a Comment

87 − = 80