Il fait partie de notre quotidien car il fait partie de nos murs. Vous avez sans doute déjà croisé une de ses œuvres, sans même savoir qui se cache derrière ce travail en mouvement, géométrique, acidulé et coloré. Poter, de ses graffs, habille notre ville depuis plusieurs années. A l’occasion du festival Collisions Urbaines, la rédaction a tenu à rendre hommage à cet artiste au style unique.

Les années 90 : la naissance d’un graffeur.

© Lucille Mouret

Depuis petit, Poter dessine. Pour lui, il a toujours été évident que cette passion ne serait pas une simple lubie « j’ai toujours été attiré par le dessin, je préférais m’exprimer avec un stylo plutôt que de jouer avec un ballon ». À 14 ans, c’est la prise de conscience : « Je commençais à écouter du hip-hop, à vouloir faire du breakdance, à m’intéresser aux mixtapes et aux magazines spécialisés. Le milieu urbain me fascinait ». Est arrivé alors le graffiti. « J’ai vu des plus grands que moi qui peignaient comme les OCT Crew et là ce fut le déclic ! Le dessin plus le hip-hop devenaient sous mes yeux le graffiti ».
L’artiste commence alors à graffer dans un style codifié avec des lettrages propres aux années 90 et sous le nom de Menu. Assoiffé par cette nouvelle inspiration, il a dû redoubler d’efforts afin de trouver ses sources. « Sans Internet à l’époque, tu devais fouiller pour trouver des magazines, acheter tes bombes à Paris. Il y avait un côté plus underground que j’aimais bien  ». La manière d’aborder un mur n’était également pas la même. « Je devais passer énormément de temps sur papier avant de graffer car quand tu as quarante francs en poche par semaine, tu ne peux t’acheter beaucoup de bombes. Il fallait longuement réfléchir avant de le poser sur les murs ».

Réflexion et préparation : deux mots d’ordre pour cet artiste qui développe déjà un style personnel haut en couleurs.

En mutation et en mouvement : les débuts de Poter.

Après son bac, notre artiste abandonne le pseudonyme de Menu pour Poter. Il expérimente et développe son art au sein de diverses écoles lyonnaises. Il commence par une mise à niveau en art qui lui ouvre toutes les portes et supports à sa créativité. « Tu fais tellement de choses, ça t’ouvre l’esprit. J’ai découvert Matisse, Picasso, le travail de la sculpture, du dessin de nus, des logos… » mais sans pour autant oublier son premier amour, le graffiti, auquel les murs de Lyon n’ont pu échapper. Il prend ensuite une année sabbatique « J’ai beaucoup dessiné, je m’étais tellement inspiré de ma mise à niveau, j’étais plongé dedans ». Il rentre alors aux beaux-arts de Lyon en design graphique, un paradis pour un graffeur qui n’a cessé de jouer avec les lettres, les couleurs, du fond et des illustrations. La technologie va alors jouer un rôle majeur pour lui. A force de travailler en tant que graphiste à la suite de ses études, il découvre son plaisir coupable : les courbes parfaites, la vectorisation et la précision grâce à l’ordinateur ! Il change alors de technique et se redécouvre sous un autre angle. Curieux et ne cessant d’approfondir son style, ce nouvel outil va alors avoir un impact sur son travail avec Instagram. Toujours avec cet hommage aux années 90, avec les lettrages, Poter se lance à la recherche de son identité artistique et visuelle. La magie opère. Poter nous offre un style reconnaissable parmi de nombreux artistes. Des mouvements, de la géométrie, mêlant flat design et couleurs pop qui ne laisse personne indifférent. « Tous mes graffs sont devenus symétriques. Je cherche une rythmique entre les formes et les couleurs. Le blanc doit répondre avec le noir en diagonale, rien n’est laissé au hasard. Un langage de partition, si il y a une bulle blanche en bas à gauche, il doit y avoir une autre en haut à gauche pour équilibrer ». Instagram deviendra alors sa nouvelle vitrine dont les abonnés ne cessent de liker les posts.

© Lucille Mouret

Sur nos murs, dans nos galeries et festivals : Confirmation de l’artiste.

La première volonté de Poter est simple : nous faire sourire ! « Si je ramène quelque chose dans la rue c’est pour un côté bonne humeur. Je pose mon graff sur un mur, si je peux susciter un sourire… boom tu aimes ou tu aimes pas mais tu as eu une émotion. Mes graffs, je l’espère, ne donnent pas le cafard ». Cette bonne humeur matraquée sur les murs ne laisse pas insensible. La patte Poter plait. Et pour preuve, il travaille pour beaucoup de marques et de plateformes. Allant de Bombay Sapphire, Ninkasi, Adidas, les Berthom, pour différentes collaborations ainsi que des espaces de coworkings… jusqu’aux galeries d’art. Après avoir exposé à La Galerue, au Sofffa et à de nombreuses expositions collectives, Sitio offre le premier grand espace dédié à son travail lors de son Solo Show. Quand la peinture sur toile s’invite au milieu des bombes. Poter participera prochainement à l’exposition Edmond art du 8 au 18 mai 2019 à Paris. À cela nous rajoutons en plus une avalanche de festivals de street-art. Poter est reconnaissable par son style dynamique et accrocheur. Un street-artiste qui ne cesse d’être en mouvement tant dans ses créations que dans sa technique. « Maintenant, je travaille sur toile, je zoome à l’intérieur de mes graffs, je me balade dedans tout en utilisant d’autres matières ».

 

© Lucille Mouret

Ça claque, c’est vivant et ce côté abstrait vous laissera rêveur. Venez rencontrer Poter au sein du festival Collisions Urbaines du 26 au 28 avril à Lyon Arts Center, mais également au festival Peinture Fraîche à Lyon, au Safir street-art festival à Roche sur Molière, au Mécaniques Urbaines Festival à Mulhouse ou encore au Mur à Mulhouse, en bref vous ne pourrez passer à côté de son univers ! Le street-artiste aux lunettes rondes, qui n’est pas sans rappeler un certain Harry, vous réserve encore bien des tours, croyez-nous.

Crédit photos : Lucille Mouret, retrouvez là sur facebook & Instagram

Retrouvez POTER sur Facebook & Instagram
Festival Collisions Urbaines du 26 au 29 mai : 22 Passage Faugier, 69007 Lyon