Lyon, c’est quand même une chouette ville tu vas me dire. Il y’a toujours de quoi agrémenter tes journées de délices culturels et ça, c’est pas donné à tout le monde. La maintenant, on te fait découvrir un des lieux atypiques des pentes de la Croix Rousse : le café-théâtre « Le Complexe ». En début de semaine, on s’est mis en jambe en s’y infiltrant pour assister à une comédie sur mesure : Bienvenue dans la Coloc.


Lundi soir. Pour le commun des mortels, c’est le début de la semaine. Pour toi, agent de cinéma à tes heures perdues, c’est le week end (you-pi). T’as une crève internationale, la voix aussi inexistante que le sens des chansons de Francis Lalane, mais tu te décides quand même à te faire une sortie pour te requinquer. T’arrives au Complexe pleine d’espoir, tu t’apprêtes à passer un bon petit moment. Mais avant tout, qu’est-ce donc ça, le Complexe ? (Toi, scientifique dans l’âme, tu te rappelle douloureusement des formules de maths qui on fait saigner ton cerveau plus d’une fois). Calé en plein coeur des pentes de la Croix Rousse (ah le quartier des artistes), ce café-théâtre joue de ses charmes en terre des gones depuis 21 ans maintenant ! Et oui, voilà plus de deux décennies que ce lieu atypique, tenu par Cécile et François Mayet, accueille comédiens et autres comparses d’époque actuelle pour déployer les zygomatiques des plus déprimés d’entre nous. A côté de ça, nos deux loustiques proposent même un service bar avec une ribambelles de tapas à savourer pendant les spectacles. Que demande le peuple.


Bref, tu entres dans ce mini Olympia toute pimpante. T’es accueillie chaleureusement par François Mayet (en personne) qui joue d’ailleurs dans la pièce de ce soir : « Bienvenue dans la Coloc », qu’elle s’appelle. Le sourire aux lèvres, il te donne ton billet et te dirige vers le placeur qui lui te dirige vers une table (ne vous inquiétez, pas, ce n’est pas une soirée Dirigeable). Ambiance au rendez-vous messieurs dames ! Dans un décor à la fois rustique et chaleureux, tu te laisses embarquer par la convivialité qui englobe l’assistance. Un serveur, aussi charmant qu’énergique, vient prendre ta commande. Aujourd’hui, c’est petits plaisirs : sangria maison, coeurs d’artichaut marinés, et olives aux anchois (tu te dis que le mec qui a eu l’idée de fourrer un poisson dans une olive, c’est un génie). Adieu les sièges alignés en rang d’oignon, ici, t’es comme à la maison : les pieds sous la table, un verre à la main, là t’es bien. De ton centre d’observation, tu zieute un peu le public et tu constates que c’est une immense salade de fruits : de tous les âges et tous les styles, seul, en couple ou en groupe… y’en a pour tous les goûts. Dix minutes avant le début des hostilités, un gars, venu seul comme toi (et pas trop mal soit dit en passant, mais on est pas là pour ça), s’installe à ta table. La proximité qu’entraîne le Complexe t’amène à lui parler (arrête d’être asociale, qu’on t’a dit) et Oh surprise, voilà que lui est comédien pour voir un de ses copains jouer ce soir. Et bien on va voir tout de suite de quel bois il se chauffe.


Trois mecs, deux nanas, un proprio : un combo parfait cousu main 


Les voix s’affaissent, l’éclairage se tamise, les yeux se rivent sur scène, c’est parti. Signée Jocelyn Flipo et mise en scène par Yohan Genin, « Bienvenu dans la Coloc » te parle de la cohabitation de cinq énergumènes : différents et surtout complémentaires, Olive (artistes nymphomane), Eddie (le geek), Emma (fille du proprio aussi maniaque que l’inspecteur Monk), Yann (chef de bande manipulateur) et Basile (le nouveau, sympathique mais accro au boulot), te décrivent le quotidien (et les galères) que tout jeune lyonnais qui se respecte a déjà plus où moins vécu. A cela s’ajoute un sixième compères et son grain de sel : Jean-Michel (Jean-Mi pour les intimes) Chognard, propriétaire de l’appart (et père d’Emma) en pleine crise de la quarantaine. Dans ta tête c’est « Qué bordel ça doit être… ». Et pourtant…

Dans un ensemble aussi animé qu’hilarant, les interactions s’enchaînent du feu de dieu, entrecoupé de scènes muettes rythmées par des musiques sélectionnées sur le volet. Les comédiens vont fortfort loin dans leurs personnages et se jouent d’eux avec une énergie surprenante. Dès les premiers mots de la pièce : « C’est celui qui a la licorne qui a le droit de parler », tu te dis « la, je suis au bon endroit ». Grande amatrice d’humour (du noir au plus coloré) et de jeux de mots à couper au couteau, tu peux dire que là, t’es servie comme une reine. Bien évidemment, tu ne te retiens pas de rire (ce rire chelou qui fait tant marrer tes potes). Mais là, personne n’y prête attention, tout le monde se lâche (hashtag nofilter) : Le public est aussi sincère et spontané que le jeu des acteurs, et ça mon cher, c’est fou ce que ça fait du bien.

Après une heure et demi de rires, tu te dis que tes abdos ont fait leur sport pour la vie et là, c’est standing ovation bien méritée pour notre petite troupe ! Tu échanges deux trois mots avec ton voisin et tu prends congé, revigorée et sans aucune envie de rentrer chez toi. Tu décides d’aller parler de tout ça pas loin au Technoir avec ton pote Raf que tu rejoins pour une petite mousse. Tu y croises d’ailleurs (par hasard) les gars du groupe Mountain Mountain (quand on vous dit que la culture vous suit partout !). Tu passes la fin de soirée (et deux parties de baby-foot mémorable) avec eux en re-pensant à ce que tu viens de voir, le sourire indécrochable. Tu rentres chez toi, t’as oublié ta maladie, toujours pas retrouvé ta voix, et tu te dis que la vie serait quand même bien moins drôle sans Complexe.


Aviva Nakache


Le Complexe : 7 rue des Capucins, 69001 Lyon.
Retrouve toutes les infos et la programmation sur leur page Facebook et leur site internet
Bienvenue à la Coloc : tous les lundis soir à 20h30 au Complexe jusqu’au 29 janvier 2019

Distribution du soir :
Olive – Lucie Cottard
Eddie – Aurélien Cavagna
Basile – Franck Delhomme
Yann – Wenceslas Lifschutz
Emma – Julie Budria
Jean-Michel Chognard – François Mayet