Et si tout partait d’un simple trait ? Un simple coup de crayon qui s’enchaîne et qui se répète encore et encore un peu comme une simple manie. Une surface blanche, vide mais pas de sens pour Mani, au contraire ! Son imagination ne cesse de s’exprimer librement alliée à un outil des plus anodin : le stylo bille.

Tirer un trait sur le passé : les débuts.

 

L’histoire de Mani est singulière. C’est en étudiant à la fac de cinéma que va naître cet accro du stylo : « J’avais beaucoup de choses à dire mais des problèmes avec les mots : je ne savais pas m’exprimer. » Pensant que la filière cinéma lui permettrait de passer outre, c’est en relisant ses cours qu’il découvre son moyen d’expression issu d’un geste très naturel et répétitif : « J’ai vu que j’avais plus de dessins que de cours. Pour me concentrer, j’ai besoin de lâcher une partie du cerveau et, à l’inverse, pour bien dessiner, je dois le concentrer sur autre chose. C’est cet entre-deux que j’aime bien, c’est un équilibre entre concentration et totale déconcentration. J’avais trouvé mon truc en tant que spectateur, mais surtout en tant qu’artiste. » Son moyen d’expression sera donc le dessin avec comme arme : son stylo bille !
Après avoir quitté le monde du cinéma et rassemblé toutes les pièces de son conscient/inconscient, il était clair que son nom serait “Mani” puisque tout passe par la main et cette manie qu’il ne peut s’empêcher de reproduire inlassablement. La mécanique du vide, ainsi que l’artiste, étaient en train de naître.

Un mot d’ordre : l’improvisation.

 

Mani aime le vide. C’est un peu sa cour de récréation. Pour lui, la notion d’erreur est le fondement de son travail. Il part d’une forme, puis d’une ombre, puis d’une mise en scène sans jamais revenir en arrière. Une surface blanche qui finit par trouver la balance parfaite entre ses coups de crayons noirs et l’espace blanc qui réside autour. Mani est un autodidacte. Qui dit autodidacte, dit : pas de règles ! Et c’est aussi ça la force de l’improvisation : savoir casser les codes. Mais qu’est-ce que la liberté, si ce n’est de vivre en parfaite harmonie sans les codes que les structures nous imposent ? Voici l’art de Mani : une improvisation constante. Pour qu’une oeuvre soit terminée selon Mani, cette dernière doit seulement passer au test du miroir*. Un autodidacte au monde unique laissant naître un équilibre parfait entre le noir et blanc. Un travail gorgé d’ombre, minutieux et fantastiquement proche du nôtre réel.

 

Que tu lui donnes un crayon et l’enfant bâtit sa maison.” Claude Nougaro

 

Dans ses cahiers universitaires, Mani avait déjà donné vie à un personnage : un petit bonhomme aux yeux immense et doté d’une grande bouche, au caractère plutôt excité et enfantin : “ C’est la première chose que je dessinais. Ce qui est drôle, c’est que quand j’ai arrêté la fac dans une phase adolescente, plus dark et avec beaucoup de remises en questions, j’ai arrêté de dessiner des petits personnages pour laisser place à des plus grands. ” Des êtres filiformes et longilignes aux faux airs de masques africains. Mani prend conscience que ses deux personnages sont comme un reflet de lui-même : une dualité, mais également une rencontre entre le petit garçon et l’homme : “ J’ai réalisé que les deux cohabitent parfaitement ensemble, l’enfant et l’adulte. Il ne faut pas que ce soit une bataille et c’est de cette idée qu’est partie cette notion d’équilibre. ” A travers son art où petits et grands se rencontrent, jonglant avec ces deux identités pour trouver une stabilité. Mani parle de lui mais également de nous : “ C’est clairement ma manière de voir les choses. Je dis souvent que mes dessins sont des métaphores dans le sens où vous pouvez très bien les voir au 1er degré mais également les voir sous un autre aspect. J’aime que le spectateur s’approprient mes dessins. Au moment où je dessine, je parle de moi. Mais dès que j’ai fini, je parles des autres.” Une mécanique du coeur où ces personnages sont mis en scène dans l’absurdité de notre monde.

Venez découvrir son travail et son regard inimitable sur notre société teinté d’humour-amer. Rendez-vous aujourd’hui à la Galerie Sitio pour la sortie officielle de son livre-exposition et pour voir ses œuvres. En attendant, restez attentifs…Mani s’impose sur nos murs de Lyon. Vous pouvez croiser ses petits bonhommes burlesques dans plusieurs de nos quartiers. Vous n’êtes pas à l’abri de vous faire surprendre par un de ses personnages en marchant dans les ruelles Lyonnaises.

© Crédit photos : Matteo Gueril

 

Mani : Sa page facebook, instagram et son site.
Sitio par Superposition : 3 place Gensoul, 69002 Lyon
Leur page facebook, instagram et leur site.

* « Quand je pense qu’une oeuvre est fini, je prends du recule et je regarde si d’une manière générale, elle est équilibrée. Pour m’en assurer je fais un petit test : je le regarde dans un miroir et si l’oeuvre marche à l’envers c’est qu’elle fonctionne aussi à l’endroit. »