Longtemps considéré comme un acteur majeur de la scène dub française des années 2000, le label lyonnais Jarring Effects est aujourd’hui devenu bien plus. En vingt ans d’activisme, la structure a su se réinventer, multipliant les cordes à son arc et élargissant ses horizons. David Morel aka « Mo » (Label Manager) et Céline Frezza (Directrice artistique et ingénieur son) nous ouvrent les portes du label.

Connu pour avoir mis en exergue la scène alternative, électronique et dub, notamment avec des groupes tels que High Tone, Ez3kiel et Brain Damage, Jarring Effects s’est continuellement distingué par sa volonté de casser les codes. Une empreinte anticonformiste pleinement assumée qui constitue le fondement de son identité ( « Jarring Effects » signifiant en anglais « effets de choc / effets dissonants »). « Cette dissonance est là pour provoquer quelque chose dans nos oreilles », précise Mo. « Elle consiste à produire des artistes qui sonnent de manière différente, qui par rapport au mainstream seront un peu dissonants. C’est ne pas répondre à des standards, des effets de mode, avoir une certaine diversité ».

C’est cette perpétuelle quête de la diversité qui suscite en 2018 la création de l’agence de booking Spread The Word (SPRWD), ainsi que du label Galant Records, dédié au hip-hop. L’univers de ce dernier se distingue par ailleurs des musiques plus électroniques de Jarring, placées sous le fanion de JFX Lab. « Jarring Effects est une belle marque, mais qui est malheureusement enfermée dans la vision qu’on a d’elle, à savoir dub/electro » nous confie Céline. « En créant de nouvelles marques, nous voulions changer d’image et créer un nouveau projet que d’autres personnes peuvent s’approprier. » Avec Galant Records, Jarring reste fidèle à ses principes en proposant un hip-hop diversifié et à contre-courant des clichés et codes usuels. Un hip-hop à dimension internationale également, avec des artistes tels que Nelson Dialect (Australie), Rrobin (France) et Rhino (Royaume-Uni) qui insufflent un vent nouveau sur la scène hexagonale et au-delà par le biais de SPRWD.

Dépasser les frontières est en effet un des leitmotivs de Jarring Effects, comme le témoigne leur série de documentaires World Wide Effects, réalisés par Arnaud Bitschy. Un projet ambitieux en trois volets (en Afrique du Sud, à Detroit puis à la Nouvelle-Orléans) basé sur de la création musicale entre artistes locaux et Français qui donne lieu à la réalisation d’un album, d’un portrait documentaire et d’une tournée française. « On construit vraiment quelque chose », développe Mo. « Partir de zéro pour arriver à un album, une tournée, un documentaire, c’est quand même une sacrée aventure. C’est ce qui fait briller nos esprits, ça nous sort totalement du quotidien. Ce qui est génial aussi avec le documentaire, c’est cette dimension intemporelle. « Mother City Blues », celui sur Cape Town a été fait en 2013. Tu le regardes six ans plus tard, il a toujours son impact ».

Sur place pour la prise de son du documentaire et l’encadrement du projet en général, Céline a pleinement conscience de l’importance de tendre le micro à ceux que l’on n’entend pas. Les « leftovers » (laissés pour compte). « C’est important de leur servir de caisse de résonance. Et c’est chouette de rencontrer aux quatre coins du monde une communauté de gens qui pensent comme toi, qui ont les mêmes envies, les mêmes idéaux. » Elle insiste notamment sur les valeurs humaines qui constituent le moteur de Jarring Effects, à savoir « l’engagement, la fidélité et la loyauté ».

Ces valeurs, associées à l’acharnement de Céline, Mo et de leurs collaborateurs expliquent la longévité d’une structure qui a connu des temps troublés à l’aube de l’ère numérique. « Avant, un ou deux artistes qui marchent pouvaient porter un label, nous explique Mo. Mais l’industrie musicale a tellement changé en si peu de temps. En 2006, on s’est pris une claque en terme de ventes. Il a fallu diversifier nos activités, changer de méthodes de communication, changer de revenus. »

S’il y a bien, en revanche, une filiale du label indépendant qui n’a pas été affectée par la métamorphose du marché musical, il s’agit du studio d’enregistrement Jarring Effects Studio. Avec Céline aux commandes, qui se voit comme une « sage-femme » accompagnant et sublimant le travail des artistes, la majeure partie des projets du label y sont réalisés. « Je suis fier du studio, nous dit-elle. Fier aussi du fait qu’on ait mis une femme en charge et que ça ait marché. Il n’y en a pas beaucoup d’autres comme ça en France. »

En plus de toutes ces activités, on peut noter la création en 2016 d’E.M.I.L. (European Music Industry Lectures), un pôle de formation en MAO et autres techniques de production pour les professionnels de la musique. Une expérience dont le cru pourrait éventuellement garnir à l’avenir le catalogue de Jarring Effects.

Car l’avenir est toujours en ligne de mire, à en croire David « Mo » Morel. Avec un premier semestre 2019 chargé, comprenant la sortie de 10 albums ou EP, Jarring Effects ne compte pas se reposer sur ses lauriers : « On espère qu’il y aura un point d’orgue l’année prochaine, en 2020. L’idée est d’avoir un rendu sur scène qui soit assez conséquent pour parler de ces 20 ans. Une belle occasion de réunir les différents protagonistes de l’histoire de Jarring, qu’ils soient de France, d’Afrique du Sud ou d’ailleurs. »

Contre vents et marées et une industrie musicale en perpétuelle mutation, force est de constater que l’abnégation et l’inventivité de ses acteurs ont contribué à faire de cette structure une entité inébranlable. Nul doute que l’on entendra encore parler de Jarring Effects durant les vingt prochaines années.

 

Jarring Effects : 13 rue René Leynaud, 69001 Lyon
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