Emilie Alfieri : une comédienne qui s’interroge et qui bouscule

A l’occasion de la première du spectacle « L’histoire de la fille d’une mère qui devient la mère d’une fille qui ne sera pas mère » au Nid de Poule, la rédaction est allée rencontrer son auteure et interprète : Emilie Alfieri. Elle nous raconte comment elle en est arrivée à écrire un texte autour des thèmes de la transmission et de l’héritage au sein de la famille et plus particulièrement via la mère.

 

Le parcours d’Emilie Alfieri n’était pas tout tracé. Au sortir d’un bac cinéma-audiovisuel, elle passe des concours d’entrée en conservatoire : « Je ne les ai pas eus par manque de maturité je pense. Je n’étais pas assez ancrée dans mon désir de comédienne. » Elle se lance donc dans diverses formations qui aboutissent à l’événementiel « pour garder la dimension artistique ». Après 1 an et demi passé à travailler pour une agence lyonnaise, une prise de conscience s’offre à elle : « J’étais malheureuse comme les pierres. J’avais un CDI, un bel appart, des amis et j’étais triste. Je regrettais quelque chose que je n’avais jamais essayé de faire. »
C’est alors qu’une amie proche lui file le coup de pouce dont elle avait besoin : «
Elle est arrivée avec un polycopié sur lequel il y avait toutes les formations artistiques en France. Elle m’a dit : “Maintenant, tu y vas !” » Il n’en fallait pas plus pour qu’elle décide de partir à Paris pour faire une formation de comédienne à l’Atelier de Blanche Salant : « Je me suis mise dans une situation de précarité très dure, à faire des boulots alimentaires jusqu’à 2h du matin mais je savais pourquoi je me levais. J’avais redonné du sens à ma vie. » Suite à cet apprentissage, elle intègre alors une compagnie lyonnaise et s’installe dans notre belle ville pour de bon (on l’espère !) avec quelques beaux projets en poche.

 

« L’histoire de la fille d’une mère qui devient la mère d’une fille qui ne sera pas mère »

Il y a deux ans, sur les conseils de cette même amie proche, elle se décide à mettre en mots des questionnements qui la taraudent : « A cette époque-là, je me posais la question de la maternité. Et j’avais une aversion totale pour cette idée d’avoir un enfant. Je ne comprenais pas d’où ça ne venait ni pourquoi je n’en voulais pas. J’ai donc creusé et questionné pour savoir pourquoi. » De ces interrogations découlent les prémisses de son spectacle si bien intitulé : « L’histoire de la fille d’une mère qui devient la mère d’une fille qui ne sera pas mère ». Elle nous raconte à travers ce texte, l’histoire de trois femmes de la même famille, issues de trois générations différentes (comprendre : une grand-mère, une mère et une fille).
Emilie commence à s’atteler à ce projet dès Septembre 2017. Mais comme souvent, on avance peu (si ce n’est pas du tout) en étant seul.e. Elle est donc rejointe par Francis Faure avec qui elle enclenche une création lumière. Mais se sentant limitée dans ses capacités à se mettre en scène, elle implique Sébastien Mortamet. S’entame alors le travail de fond : « Sans Sébastien, je pense que le projet n’aurait jamais vu le jour. Il tient à son titre « d’aide à la création ». Mais pour moi, il a fait clairement plus que ça : il m’a mise en scène, il m’a dirigée, il a énormément apporté au projet. »
Elle qui parle de maternité et de féminité s’est entourée d’hommes pour monter son spectacle. Ce petit paradoxe, elle nous explique comme suit : «
C’est un texte qui est écrit et joué par une femme, qui parle des femmes et de la maternité mais ça s’adresse à tout le monde. Tout le monde a une mère. Et même si l’homme est absent de mon texte (ce qui est un parti pris), c’est quelque chose qui concerne tout le monde, les hommes aussi. »

 

Un théâtre qui questionne

Emilie explique qu’elle a comme qui dirait un passif avec cette thématique de la famille et plus spécifiquement du rôle de mère : « Pendant ma formation, j’ai toujours été amenée à jouer des textes sur ces thèmes de la maternité ou de l’enfant par rapport à ses parents. » On peut même dire que ce sujet a nourri sa carrière et continue à enrichir son travail (il suffit de regarder son curriculum vitae pour comprendre !).
Mais au-delà de cette récurrence thématique, Emilie a son mot à dire : « Volontairement, j’abîme un peu l’image de la femme-mère/super-héros dans ce spectacle. Je cherche à faire prendre conscience qu’il y a un enjeu émotionnel majoritairement détenu par les femmes dans la relation parent-enfant. »
Un autre aspect de son spectacle s’inspire de cette relation émotionnelle forte : « La manière qu’on a de conditionner nos enfants en les mettant dans des cases (leur dire qu’ils sont turbulents, lents, jamais attentifs) va façonner leur vie d’adulte. Il y en a des mères qui abusent de ce pouvoir allègrement et d’autres qui le font de manière plus sinueuses, d’où les “violences ordinaires”*. »

 

On l’aura compris, ce spectacle est terriblement d’actualité et nous pose des questions. Et ça, ça plaît à Emilie ! D’ailleurs, elle a un dernier mot pour toi, futur spectateur : « J’ai mis toutes mes tripes dans ce texte et je compte bien remuer les vôtres ! » Alors on t’attend au Nid de Poule dès ce soir et jusqu’au 09 Décembre pour découvrir cette pièce pleine de surprises !

 

Maddy Lefrançois
© Affiche de couverture : Clément Gaillard
© Photos du corps d’article : Sébastien Mortamet & Francis Faure

Le Nid de Poule : 17, rue Royale, Lyon 1er
Pour réserver ta place : c’est ici !

* La violence psychologique parentale est considérée comme une violence éducative ordinaire. Emilie fait ici référence à une campagne vidéo diffusée par l’OVEO (Observatoire des Violences Éducatives Ordinaires) que tu peux retrouver ici.

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