“Distance” : le nouveau clip troublant d’Isaac Delusion

Après leur avoir tiré le portrait, Kosmic revient sur la délectable aventure Isaac Delusion. Le printemps dernier marquait la sortie de leur second album “Rust and Gold” et cette année le groupe parisien est de retour pour illustrer le titre « Distance » dans un clip sombre et saisissant signé THERESE : on lève le voile !


Tout en distanciation

10 125 km : c’est la distance qui sépare Paris de Saïgon (Ho-Chi-Minh Ville, Vietnam), lieu du tournage du clip. De là découle une distance grandissante avec le monde et les êtres. Le tout en image et en musique. La légèreté de la mélodie et de la voix de tête dénote de l’atmosphère pesante de la narration. Dans un récit habité par une tension allant crescendo, on suit les tribulations d’un gang au style travaillé qui transpire la rébellion. Noyée dans l’alcool et le dédale de la vie nocturne, on explore la ville au rythme des tumultes d’une jeunesse perdue. Du crépuscule à l’aurore, la bande se balade entre danger et insouciance jusque dans un bar feutré où une rencontre hasardeuse coupe court à leur évasion. Une agression et tous se regroupent à l’unisson. Dans un affrontement de regards pernicieux, une guerre de gangs menace : sous nos yeux ébaillis se déploie le paroxysme du récit, avec une fin sans équivoque (pas de spoil, promis).

Dans la veine d’une esthétique asiatique très actuelle, on retrouve l’effet cru de la lumière électrique désaturée qui donne une texture fantomatique aux êtres et aux choses. Les figures qui habitent le clip sont comme à la recherche de leur humanité. Cette quête de soi rend palpable les nuances entêtantes de l’univers musical et visuel dépeint par Isaac Delusion. On est tenu en haleine face à cette bande de jeunes qui, ensemble, voguent vers un inconnu sans visage.

 


Une peinture de la jeunesse

Au-delà d’une guerre des gangs, c’est un portrait de la jeunesse du deuxième millénaire qui est dressé. Entre incompréhension et fatalité, elle divague dans un océan de vice et de débauche. Elle cherche à fuir les injonctions d’une société qui la somme de grandir, pointant du doigt le moindre écart du soi-disant droit chemin. Mués dans le silence de leur réclusion, les jeunes se rassemblent sous l’étendard de la résistance. Victimes des diktats sociétaux qui les pressent et les jugent, ils s’éclipsent dans un nuage de questions identitaires sans réponse. Censurés pour ne pas savoir qui ils sont et ce qu’ils veulent, ils errent dans un quotidien sans lendemain, avec pour compagnon les effluves distillées d’une eau-de-vie revigorante. Comme un anti-héros, la jeunesse subit ses actes et c’est dans son silence qu’elle crie au monde son désespoir. Étrangère d’une société en perpétuelle quête d’opulence et de réussite, elle s’efforce de s’y faire une place.

Avec ce clip, Isaac Delusion infuse brillamment ses mots dans les images et nous place au bord du vide, de là où il est si simple de tomber. En un instant tout bascule, et nos déambulations existentielles deviennent les acolytes des sonorités synthétiques de Distance. Une musique planante, une identité visuelle travaillée pour un clip réussi dans lequel on se laisse volontiers porter vers un ailleurs fantasmagorique.


Margot Whitehead

Leur Facebook, Youtube et Soundcloud !

No Comments

Post a Comment

− 1 = 3