Angel Karel : la techno au service de la cause féministe

Etre DJ et activiste, c’est possible. La preuve avec Angel Karel, artiste désormais incontournable de la scène électronique lyonnaise. A l’occasion de son passage au Festival Reperkusound le mois dernier, on en a appris un peu plus sur cette femme engagée qui bouscule les codes de la vie nocturne avec son collectif The Future Is Female. Entretien avec la plus berlinoise des DJs de Lyon.


C’était il y a un peu plus d’un an maintenant, dans les sous-sols de l’Annexe, que tout a commencé. Nous sommes en Janvier 2017 et un nouveau concept de soirée débarque à Lyon : The Future is Female. L’idée ? Donner la possibilité aux artistes féminines de s’exprimer, à travers leur musique, lors d’une soirée au cours de laquelle on peut s’affranchir des barrières qui entourent les genres. De là est né le concept No Gender. « On s’est aperçus que l’on ne parlait peut être pas au plus grand nombre avec The Future is Female. Tout le monde n’a pas envie d’être mis dans une case. On s’est rendus compte que c’était un public sans genre qui venait à nos événements. C’est à partir de ce constat qu’on a lancé les soirées No Gender dans lesquelles les gens se retrouvent davantage aujourd’hui » nous expliquent Angel et Marine (présidente du collectif co-fondé avec la DJ).

Animé par une réelle volonté de « casser les codes », le collectif délaisse l’Annexe pour investir la salle du Ninkasi KAO à Gerland, réputée pour accueillir des soirées aux programmations pointues en terme de techno. « On a pu s’approprier le lieu et le revisiter en apportant une scénographie propre au collectif. » C’est toute la configuration du lieu qui a été alors repensée : vestiaires à l’étage et backroom sur la scène, derrière le booth. Le collectif a su créer un environnement libertaire, à l’image des valeurs qu’il véhicule. « Il y a eu une véritable adhésion, on se rend compte que ce qu’on fait parle aux gens ». Un mode de fonctionnement qui n’est pas sans rappeler (pour ceux qui ont pu en faire l’expérience) celui du plus célèbre des clubs berlinois : le Berghain. Pour la faire courte : aux soirées No Gender on y vient comme on est et on y fait ce que l’on veut, toujours dans le respect des autres, bien évidemment. « On veille à préserver cette bienveillance qui est présente lors de nos soirées, c’est très important pour nous » précise Angel.  



La techno, le vecteur d’une nouvelle forme de liberté


Dans l’industrie depuis une dizaine d’années, Angel a su façonner son style au fil du temps. Plutôt branchée house à ses débuts (notamment lorsqu’elle faisait partie du label Krome Records), c’est vers une techno froide et nettement plus dure qu’elle s’est orientée. Une remarque qu’elle prend comme un compliment (et c’en est un). « C’est une techno qui prône la liberté, une techno atmosphérique, qui bouillonne. Elle parle à un public qui a envie de se laisser aller dans une démarche totalement libertaire et c’est avant tout une techno qui me parle et que j’adore » nous explique-t-elle. « Je suis passée par plusieurs étapes dans mon développement en tant qu’artiste et c’est en jouant cette techno-là que je suis arrivée à maturité ». C’est aussi son passage parmi le collectif Particules ainsi que « plusieurs voyages à Berlin et le fait d’y avoir habité un moment » qui lui ont permis de se forger son identité artistique. Un style qui correspond également à ce que son collectif, The Future is Female, souhaite transmettre.

Si elle n’a jamais souffert de sa qualité de femme dans le milieu de la techno, elle déplore toutefois que leur présence soit encore si timide. « Je n’ai jamais eu de souci du fait que je sois une femme, je me suis toujours exprimée librement. Mais malgré tout, l’équilibre n’est pas toujours présent, notamment sur les festivals et certaines soirées, mais ça ne m’a jamais handicapé pour autant ! » C’est en offrant exclusivement des plateaux féminins (avec un line-up d’artistes locales telles que Milena, Calling Marian mais aussi internationales comme l’allemande Denise Rabe ou encore Nur Jaber, basée également en Allemagne) lors des soirées organisées par son collectif qu’elle espère bien faire bouger les choses.


Morgane Nicolas


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